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13/11/2013

Honorat de Yedagne-Venance Konan : le Match

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En attendant une prochaine publication intégrale dans une seule édition des réactions autour de la sortie de l’ex Dg de Fraternité Matin dans l’Intelligent d’Abidjan, ci-dessous l’extrait relatif à Venance Kona de cette Interview exclusive et évènement d’Honorat de Yedagne et le droit de réponse de Venance Konan, toujours dans l’IA. Tout cela rappelle cette expression chère à l’intellectuel David Gakunzi : « Quand les hommes se parlent ils ne se tuent pas ». Oui pendant qu’on se parle, on n’a pas le temps de prendre les armes et de se tuer !
« Un commentaire sur la gestion de Fraternité Matin version Venance Konan ?
Ce qu’il faut savoir, c’est que dès mon arrivée à la tête de Fraternité Matin, en 2002, en vue de construire un pôle éditorial diversifié mais équilibré donc pluriel et pluraliste, je suis allé chercher Venance Konan à l’Assemblée nationale. Quelques années plus tôt, Il avait laissé son poste de rédacteur en chef à Ivoir’ Soir pour aller exercer comme chargé de Communication à l’Assemblée nationale, sous feu Emile Brou. Comme cela arrive souvent dans la profession à la plupart de nos bons journalistes ou à ceux qui, comme Venance Konan lui-même ont été lauréats du prix Ebony. Pour l’histoire, Venance Konan fut le premier lauréat du prix Ebony. C’était en 1993. C’est donc moi qui suis allé rencontrer Mamadou Koulibaly alors président de l’Assemblée nationale, son nouvel employeur, chez lui à domicile, du côté de la Riviera-Palmeraie pour lui demander de le licencier. Et, je l’ai donc recruté à Fraternité Matin. Cela a été d’autant plus facile pour moi que Mamadou Koulibaly ne voulait plus de sa collaboration. Il m’a expliqué qu’à ses yeux, après tout ce qu’il a pu lire de Venance Konan dans Fraternité Matin et Ivoir’ Soir sur Alassane Ouattara, ce dernier était « un fieffé tribaliste ». C’est la clef pour comprendre la guéguerre entre les deux hommes qui a surgit, bien plus tard, dans la presse …

Il est aujourd’hui le directeur général de Fraternité Matin, qu’est ce que vous pouvez dire sur sa gestion ?
La gestion éditoriale de Fraternité-Matin par Venance Konan me rappelle de celle, sous l’ère Bedié, de Michel Kouamé qui avait fait de Ouattara ‘‘le mouton noir’’ de la politique ivoirienne. Sauf qu’aujourd’hui ‘’le mouton noir’’ a pour nom : Laurent Gbagbo. Ironie de l’histoire. Je déplore le fait qu’il y ait aujourd’hui à Fraternité Matin une ligne éditoriale à sens unique qui ne soit pas l’expression de la pluralité des courants, des opinions et des idées qui traversent la société ivoirienne. Je déplore le fait que Venance Konan, écrivain de renom, se transforme en « plume de service » comme hier déjà sous Bédié et sous Ouattara aujourd’hui. Avec des écrits qui transpirent parfois la haine du Bété et du FPI. Comme hier, il ne peut servir la réconciliation nationale aujourd’hui. Cela n’honore pas l’intellectuel qu’il prétend être et le prix Ebony qu’il est. Cela ne sert pas l’image de la corporation et de notre métier.

Vous voulez dire que la ligne éditoriale « Ni neutre, ni partisan » est brocardée et gravement mise à mal par Venance Konan ?
Nous exerçons un métier noble, sauf qu’ici, sous nos tropiques, nous avons du mal à nous soustraire à cette tentation funeste que tous ces régimes politiques d’Houphouët à Ouattara en passant par Bédié, Guéi, et Gbagbo ont eu la tentation de vouloir contrôler. Ces régimes successifs n’ont de cesse de vouloir nous infantiliser, nous domestiquer, nous asservir, nous embrigader…Mais nous devons résister : la liberté s’arrache, elle ne se donne pas.
Je m’en vais vous faire une confidence. C’est à cause de Venance Konan que j’ai perdu mon poste à la tête de Fraternité Matin.
Un jour, par l’entremise de Jean Baptiste Akrou, mon ami et frère, le colonel Logbo, alors aide de camp du président Laurent Gbagbo, me reçoit chez une de ses amies proches, elle-même conseillère à la Présidence de la République, pour me lancer cet ultimatum : « Ou tu pars, Ou tu fais partir Venance Konan ! ». Il exprimait ainsi, sans le dire tout en le disant, un cri de ras-le-bol au sommet. J’ai résisté et c’est moi qui suis parti quinze jours plus tard. Venance Konan m’a suivi, un ou deux mois après. La boucle était bouclée. Gbagbo et le FPI pouvaient respirer, enfin !
Pour tout dire, je ne suis donc pas étonné de voir Venance Konan à ce poste. J’avais prévenu le président Laurent Gbagbo. Chaque fois qu’il me convoquait à son sujet pour ses écrits acerbes, je n’avais de cesse de lui dire : « A trop vouloir t’en débarrasser, tu en feras un faux héros ». Il ne m’a pas écouté et l’histoire m’a donné raison. Car cinq ans plus tard, c’est mon frère Jean Baptiste Akrou, une autre plume de service qui remettait son tablier à son « ennemi intime » Venance Konan. Comme quoi la roue tourne, et elle tournera encore….
La leçon que je tire de cet épisode de ma carrière à Fraternité Matin est que : il n’y a pas de liberté acquise sans renoncement, sans sacrifices »
Extraits de l’Interview à l’Intelligent d’Abidjan,

(……. ) La réponse de Venance Kona Mon très cher ami Honorat De Yédagne a accordé une intéressante interview à notre confrère l’Intelligent d’Abidjan le mardi 29 octobre dernier, dans laquelle il m’a consacré de longs passages. Il a donné ses appréciations sur certaines de mes positions, sur notre collaboration à l’époque où il dirigeait Fraternité Matin, et sur le travail que je fournis en ce moment en tant que directeur général du même journal. Tout cela est de son droit. Qu’il me permette donc à mon tour de dire ce que je sais de lui et que je donne mes appréciations sur lui et son travail.
Honorat De Yédagne et moi, nous nous connaissons depuis l’université. Il était en faculté de sciences économiques et moi en droit. Puis, après nos études, nous avons commencé à travailler ensemble au début du journal Ivoir’Soir, en 1987. Il y a encore de nombreux témoins de cette époque qui sont toujours vivants et présents dans le pays, pour confirmer ou infirmer ce que je vais dire. Durant la période Ivoir’Soir, Honorat se caractérisait beaucoup plus par son ardeur à critiquer le travail de ses collègues, à regarder son nombril, à toujours se proclamer le meilleur, que par son ardeur au travail ou par la qualité de ses articles. Non, ce n’était certainement pas Honorat qui aurait emprunté un car pour traverser la Côte d’Ivoire afin d’aller réaliser un reportage sur les tracasseries routières, par exemple. Non. Seuls les reportages dans les salons climatisés, là où l’on portait des costumes, intéressaient mon ami. Et pour qu’il aille faire un reportage en dehors des salons climatisés, il fallait d’abord mettre à sa disposition une voiture climatisée, un chauffeur, un photographe, et beaucoup d’autres moyens. Ainsi, à force d’exiger, de se proclamer le meilleur, Honorat De Yédagne n’a pas laissé une trace remarquée dans l’histoire d’Ivoir’Soir. Je ne sais si un de ceux qui ont lu régulièrement Ivoir’Soir pourrait aujourd’hui citer un seul article d’Honorat. Il ne suffit pas de se proclamer le meilleur journaliste pour l’être effectivement. Nous, journalistes, faisons un métier avec lequel il est difficile de tricher vis-à-vis des lecteurs. Ils ont chaque jour, à leur disposition, le produit de notre travail, qu’ils savent apprécier. Et là, les lecteurs ne sont pas dupes. Ce sont eux, qui décrètent qui est bon ou mauvais journaliste.
Après Ivoir’Soir Honorat s’est retrouvé au service économique de Fraternité Matin, où il est resté égal à lui-même. Non seulement il était le meilleur journaliste, il était également le meilleur économiste de ce pays. Et la bonne planque qu’il avait trouvée pour ne pas écrire, pour ne pas montrer ce qu’il valait réellement, a été de se faire porter à la tête de l’UNJCI. Là, il pouvait pontifier, plastronner dans les salons en reprenant des phrases toutes faites, des phrases de Césaire, Zadi Zaourou, Samir Amin, Frantz Fanon, aligner des mots qui sonnent bien mais sans vraiment avoir de sens, du genre « faisons parler le génie politique qui est en nous et en chaque peuple, posons-nous la question de savoir d’où venons-nous, où allons-nous ? La réponse est en nous…Nous ne sommes pas des damnés de la terre, collectivement et individuellement nous n’existons pas sur terre par hasard. Nous ne sommes pas une fiction de l’histoire. A notre façon nous devons contribuer à réinventer cette fresque universelle que l’Occident veut écrire sans nous, en y apportant notre part de lucidité critique… » (L’Intelligent d’Abidjan du 29 octobre, se proclamer anticolonialiste, anti-français, ce qui au temps de Gbagbo était très bien vu, distribuer les bons et mauvais points, mais sans jamais se mouiller en travaillant, en montrant ce qu’il valait réellement en tant que journaliste. Beaucoup se sont laissé prendre au bagout d’Honorat. Mais celui qui dirigeait Fraternité Matin à l’époque avait compris l’escroquerie intellectuelle. Il s’apprêtait à le virer pour incompétence lorsqu’il fut nommé directeur général de l’entreprise par Laurent Gbagbo.
Devenu DG de Fraternité Matin, mon ami devint naturellement le meilleur DG de notre pays. Lorsqu’il se maria, il inonda le journal pendant plusieurs jours des photos de ce mariage du siècle. A ceux qui lui dirent qu’il en faisait trop, il répondit crânement que le meilleur DG de Côte d’Ivoire qu’il était devait avoir un mariage aussi médiatisé. Un de mes amis me dit un jour ceci : « je suis sûr que ton patron passe au moins une heure par jour devant son miroir à se dire « ah, que je suis beau ! Ah, que je suis intelligent ! Ah, que mon costume est joli ! »
Je reconnais à Honorat de m’avoir sorti du placard, pas doré, mais pas trop inconfortable non plus, dans lequel Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale m’avait enfermé à son avènement. Honorat proclame partout qu’il est indépendant d’esprit. C’est vrai. Mais ne touchez pas à Gbagbo. Tous les journalistes qui soutiennent d’autres hommes politiques que Gbagbo sont des vendus, des haineux, des tribaliste etc. Les meilleurs journalistes de ce pays, selon Saint Honorat, ceux qui sont indépendants, intègres, de vrais combattants de la liberté, sont ceux des journaux bleus, ceux qui soutiennent Gbagbo bec et ongles.
Dans son interview, Honorat se vante de n’avoir écrit aucun éditorial pendant les cinq ans qu’il a passés à la tête de Fraternité Matin. Lorsque l’on est journaliste, que l’on dirige un journal, il n’y a aucune gloire à n’avoir pas écrit un seul papier. Mais mon ami sait bien qu’écrire un éditorial n’est pas donné au premier journaliste venu. Dans tous les grands journaux, les éditorialistes sont les meilleurs de leur profession. Et Honorat est bien placé pour savoir au fond de lui-même ce qu’il vaut comme journaliste. Il dit aussi qu’il a perdu son poste à cause de moi, de mes écrits. Il sait très bien que c’est faux. Il était le DG, le garant de la ligne éditorial du journal. Si mes écrits sortaient de la ligne éditoriale, il avait non seulement le droit, mais le devoir de les refuser. Et c’est bien ce qui s’est passé lorsque mes papiers ont commencé à déranger le pouvoir politique d’alors. Honorat acceptait mes papiers lorsqu’ils correspondaient à sa ligne. Lorsque les choses ont changé, il ne les a plus acceptés, et je ne lui ai rien reproché. Honorat doit se souvenir que je lui avais dit, lorsque nos rapports avaient commencé à se gâter, que je n’étais pas celui dont il devait se méfier, parce que moi, je ne cherchais pas à prendre sa place. Il sait qui a manigancé pour le faire tomber et le remplacer. Lorsqu’à un certain moment je me suis retrouvé en total désaccord avec la ligne éditoriale, Honorat était alors déjà parti depuis quelques semaines, j’ai présenté moi-même ma démission pour ne pas gêner celui qui était là, et pour retrouver mon indépendance.
Après Fraternité Matin, Honorat a lancé son propre journal, financé par feu Yves Lambelin, qui fut tué par les forces de Gbagbo. Je suis étonné du silence de mon ami sur cet assassinat. En fait, je ne devrais pas être étonné. Honorat sait que c’est celui qu’il appelle son frère, son ami, Gbagbo, qui a tué son bienfaiteur. Son journal s’est cassé la figure. Honorat dit dans son interview que c’est à cause de la crise post-électorale. C’est faux. Pourquoi cette crise s’en serait-elle prise à son seul journal, fait à Paris et distribué dans 11 pays ? Son journal s’est cassé la figure parce qu’il était à l’image de son promoteur, c’est-à-dire prétentieux et creux. Les lecteurs ne sont pas dupes. Ils savent faire la différence entre bon et mauvais journal.
Enfin, Honorat dit dans l’Intelligent d’Abidjan que le contentieux qu’il a personnellement avec Fraternité Matin a été « en partie vidé grâce au ministre Sy Savané, mais il reste une partie du problème qui n’a pas encore été réglée. » Cette partie, la voici. Lorsque je suis arrivé à la tête de Fraternité Matin, Honorat m’a dit que l’entreprise restait lui devoir encore environ cent millions de francs, en plus de ce qu’il avait déjà touché grâce au ministre Sy Savané. J’ai interrogé les documents, ceux qui avaient traité ce dossier, et la réponse a été que l’entreprise ne devait plus un centime à Honorat. Il a utilisé tous les moyens de pression qu’il a pu, m’a harcelé pendant des mois, pour que je lui paie cette somme. Pendant ce temps il avait saisi la justice. Celle-ci a tranché en le déboutant. L’affaire pour moi était close. Mais Honorat m’a rencontré après pour me demander de décider de ma propre autorité de lui donner cette somme, parce qu’il aurait des problèmes de survie. Je lui ai alors dit à peu près ceci : « puisque tu es plus intelligent que moi, que tu as été DG avant moi, indique-moi comment on fait pour donner plus de cent millions d’une entreprise à quelqu’un à qui cette entreprise ne doit absolument rien, tout en respectant les règles de la bonne gouvernance. » Il ne m’a pas encore expliqué comment on fait, mais continue de me harceler pour que je « lui rende justice. »
Je voudrais, pour conclure, demander à mon ami comment on fait, pour vivre de dons de ses amis, lorsque l’on est aussi pétri de qualités et de talents que lui ? Il précise qu’il vit grâce à l’aide de ses amis nordistes, avant d’ajouter « preuve que cette division entre le nord et le sud qu’on nous vend est factice, sinon fabriquée de toutes pièces pour servir des ambitions meurtrières et mortifères. » Honorat, si tu fais cette précision, que tu vis grâce à tes amis nordistes, c’est parce que dans ta tête, tu continues de distinguer les Ivoiriens entre sudistes et nordistes. Le vrai tribaliste, c’est toi, Honorat. J’aimerais vraiment savoir comment cela se fait que le meilleur journaliste, le meilleur économiste, le meilleur DG que la Côte d’Ivoire ait jamais eu, vive d’aumônes en attendant une nomination. Honorat dit qu’un poste de maire ou de député ne l’intéresse pas. Normal. Il faut être élu pour avoir un tel poste. Et ça, ce n’est pas moins difficile que d’écrire de bons articles. Honorat dit attendre « d’être à un niveau de responsabilité où l’on travaille à faire entrer ce pays dans la modernité politique. » En clair, il attend qu’on le nomme ministre. Bonne chance mon ami.
Venance Konan
Source :
L’Intelligent d’Abidjan

08:37 Écrit par BEN2013 dans Contribution, Réaction | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

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