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24/12/2013

Laurent Dona-Fologo: "Il n’y a pas de honte à reconnaître le travail que Ouattara fait"

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Invité à dire un mot au nom des récipiendaires, le président du Rpp, Laurent Dona Fologo, a salué l’initiative de la Fondation Atouuu et invité les Ivoiriens à s’inscrire résolument dans le processus de réconciliation. Pour lui, si Bédié et Ouattara ont réussi à faire la paix, leurs adeptes n’ont plus de raison de ne pas suivre leur exemple.
"(…) Nous sommes venu à vos côtés, monsieur le président de l’Ong Atouuu, de très bon cœur pour participer et pour prendre devant vous des engagements pour la réconciliation. Au demeurant, lorsque je regarde cette salle, je ne vous cache pas que je ne me sens pas du tout étranger. Comment être étranger devant Lenissongui, Kah Zion, Bouys…Ce sont des camarades de début et de toujours. C’est pour dire que Mandela, que nous venons de conduire sous terre avec tous les honneurs, disait qu’il n’y a que les hommes politiques qui marchent les bras croisés qui ne font pas d’erreur. Il a dit ça lorsqu’il était en prison. C’est-à-dire au moment où il réfléchissait sur ce qui allait se passer à sa sortie. Il a reconnu qu’il avait fait quelques erreurs, pas beaucoup. Et quand il est sorti de prison, vous savez ce qui s’est passé. On s’attendait à tout sauf à ce qu’on a vécu. Après des milliers de morts, voire après 27 années de prison avec les humiliations que vous savez, il sort et demande que l’on construise le public arc-en-ciel. Parce qu’il disait une autre phrase d’Houphouët-Boigny, la politique, c’est la saine appréciation des réalités et la réalité change selon les époques. Il a pris donc conscience de ce qui se passait en Afrique du Sud, il a demandé à ses frères d’accepter le miracle des Sud-africains. Et le miracle des Sud-africains a été le pardon. Il était difficile de savoir qui a tué et combien de morts. Les jeunes ne savent peut-être pas les tenants et aboutissants de l’histoire sud-africaine. Celui qui vous parle, le sexagénaire qui vous parle, était en septembre 1975 en plein Apartheid en Afrique du Sud. Beaucoup ne juraient pas de notre retour en Côte d’Ivoire parce qu’il y avait des radicaux de tous les côtés. Nous aurions pu être l’objet d’attaque des fanatiques. Nous étions prêt à mourir pour Houphouët-Boigny parce que nous savions que cet homme ne pouvait pas se tromper. Il ne s’est pas trompé et nous sommes revenu sain et sauf. Mieux, c’est après 1975 que les conditions de détention ont baissé pour le leader Nelson Mandela. Beaucoup de gens ont évité de rappeler l’action d’Houphouët-Boigny parce qu’elle avait été condamnée par l’Organisation de l’unité africaine (Oua). Qui avait décidé que les pays indépendants d’Afrique ne se rendent pas en Afrique du Sud. Aucun avion partant de notre pays ne pouvait atterrir là-bas. En même temps, nous sommes arrivés à Libreville en panne de carburant. C’était difficile. Je dis cela pour dire que le pardon doit être un de nos points d’ancrage dans la recherche de la réconciliation. (…) Tout le monde est témoin en Côte d’Ivoire que nous vivons en crise depuis la mort d’Houphouët-Boigny. Qui n’a pas entendu parler des histoires d’Ivoirité, de xénophobie et que sais-je encore ? Mais si aujourd’hui, celui qu’on désignait comme le père de l’Ivoirité est devenu l’ami des plus intimes de celui qu’on présentait comme la victime, cela veut dire que les miracles en Côte d’Ivoire n’ont pas fini de se produire. Alors, si ces deux peuvent se mettre ensemble, que deviennent ceux qui les ont suivis ? Que deviennent ceux qui ont pris parti et qu’ils ont envoyés en mission un peu partout? Comment voulez-vous que votre père vous a montré un chemin et que quand vous vous retournez, vous constatez que vous êtes seul? Est-ce que c’est normal ? Remettons-nous ensemble. Moi, je n’ai aucune honte, aucune gêne. Moi, je ne prétends à rien, je ne souhaite plus être rien, je poursuis ma route. Ce que je souhaite, c’est qu’on retrouve une Côte d’Ivoire comme on l’a connue. (….) Le planteur qui va à son champ, s’il pense qu’on va le tuer, il n’ira pas au champ. Nous allons perdre en production si la sécurité n’est pas garantie. Il en est de même de la réconciliation. La réconciliation, comme on le dit, ne doit pas être un mot, mais un comportement. On se réconcilie avec qui ? On se réconcilie avec celui qu’on a fait palabre. (…) Il ne faut pas demander en menaçant, en insultant ceux qui peuvent donner. Il faut savoir demander avec humilité. La réconciliation, c’est le cœur qui va au cœur, c’est le cœur qui rencontre le cœur. Ce ne sont pas des mots, ce sont des actes. Nous sommes content de tout ce qui est fait ; les routes, les ponts, les immeubles, l’électricité, les infrastructures, etc. Nous sommes content de tout cela. Qui ne veut pas construire tout cela ? Tout le monde le veut. Et qui ne veut pas le faire dans l’honneur et la dignité pour la Côte d’Ivoire ? Il faut savoir le faire. Et si quelqu’un arrive à le faire, il faut le saluer. Moi, je ne vois pas de honte à saluer celui qui le fait. Tout ce que nous disions au départ, c’est terminé. Le passé, c’est terminé. Une fois que monsieur Bédié et monsieur Ouattara se donnent la main, nous savons ce que ça fait. Pourquoi monsieur Fologo qui était derrière monsieur Bédié, voulez-vous que je continue seul la route ? Je ne peux pas. C’est la raison pour laquelle, je suis venu soutenir ceux qui prennent des initiatives dans le sens du rapprochement. Pour dire que c’est au bout de la vieille corde qu’on attache nos bêtes. (…) Le doyen vous dit, avant l’indépendance, beaucoup d’entre vous n’étaient pas nés, il y avait le multipartisme en Côte d’Ivoire, le multipartisme colonial. Il y avait 6 partis politiques. Les plus connus, c’était les progressistes, le Rda. Il y avait aussi la Sfio. En 1946, le président Houphouët-Boigny a été élu député. En 1946, il a appelé ses camarades à Bamako pour créer le Rda. Au sein du Rda, on a appris à militer pour l’union des Africains pour se libérer du joug colonial, pour sortir des humiliations qui faisaient qu’on se trouvait l’honneur bafoué et la liberté confisquée. (…) Il a appelé les partis politiques et il a dit : « Je suis convaincu que seule l’union nous fera gagner. Je demande à tous les frères des autres partis de nous rejoindre pour qu’on se batte ensemble ». En 1952, il a dit la même chose à l’inauguration de l’Assemblée territoriale. Il a dit : « Nous sommes tous convaincus que la Côte d’Ivoire ne sera pas de l’avant si nous ne nous mettons pas ensemble ». Et il a dit que l’union n’est possible que si nous le voulions ensemble. La réconciliation, il faut le vouloir, il faut le faire. Il n’y a pas de honte et d’humiliation à cela. Le président Houphouët-Boigny, en 1962-1963, quand il s’est rendu compte qu’il avait mis des cadres en prison à la prison d’Assabou à Yamoussoukro. J’étais là lorsqu’il a réuni en 1966 tous les cadres à Yamoussoukro pour reconnaître qu’il s’était trompé. Il a reconnu qu’il était en erreur, il les a appelés et a demandé pardon publiquement au pays. Et les gens sont sortis de prison. Beaucoup ont retrouvé leurs postes. Ce ne sont pas des repères qui nous manquent. Nous devons nous ressaisir et repartir. On dit Fologo, il n’aime pas la bataille, il n’aime pas se battre. Ce n’est pas ça. Moi, aujourd’hui, je vais me battre pour quoi ? J’ai eu tout le temps de me battre. Moi, ce que je voudrais, c’est que nous soyons tous d’accord sur le fait que si quelqu’un a fait une faute, qu’il la reconnaisse et demande pardon. C’est ce qui s’est passé en Afrique du Sud. Il n’y avait pas de justice puisqu’on ne sait pas qui a fait quoi. Je ne dis pas que je ne suis pas pour la justice. Mais je dis que si nous voulons aller à la réconciliation, nous sommes obligés de faire des sacrifices. Moi, j’ai été bloqué à Bouaké. J’avais perdu mon frère et j’ai pris le cortège en partance au nord. Lorsque nous sommes arrivés à Bouaké, les militaires nous ont arrêtés alors que nous allions aux funérailles. Nous avons été obligés de retourner à Abidjan. Mais pour moi, c’est fini. La seule voie du miracle, c’est le pardon. Mes chers frères et sœurs, permettez-moi de remercier le frère Zié et remercier tous ceux qui l’ont soutenu dans cette aventure. Il n’y a pas de petit acte dans la réconciliation. Ce que chacun d’entre vous peut faire chez lui, dans son village, dans sa cour, pour aboutir à la réconciliation, à la paix et à l’amour, qu’il puisse le faire. Je vous remercie".
Propos retranscrits par LANCE TOURE (Nouveau Réveil)

06:45 Écrit par BEN2013 dans Réconciliation nationale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

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