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29/12/2013

La présidente nationale d'Amnesty Internationale parle...

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Article publié le 29.12.2013| Mise à jour le : 29/12/2013 Interview : La présidente nationale d'Amnesty Internationale parle Evoquant les procédures judiciaires engagées en Côte d'Ivoire dans le cadre de la crise post-électorale, une organisation des droits de l'homme a parlé récemment de « justice sélective ». Partagez-vous ce jugement ?

 

Les cas Blé Goudé, Mme Gbagbo, les gendarmes arrêtés à Agban et Azito, les 41 jeunes extradés du Liberia, ce sont là quelques sujets brûlants abordés courageusement par la présidente de la section ivoirienne d'Amnesty International, Nathalie Kouakou Yao. Interview vérité d'une militante des droits de l'homme.

Interview : La présidente nationale d'Amnesty Internationale parle

Evoquant les procédures judiciaires engagées en Côte d'Ivoire dans le cadre de la crise post-électorale, une organisation des droits de l'homme a parlé récemment de « justice sélective ». Partagez-vous ce jugement ?

Bien sûr, nous partageons ce jugement. Parce que nous avons vécu une guerre post électorale opposant deux camps rivaux. Un rapport d’enquête sur les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire a dénombré 3248 morts et identifié les présumés coupables composés des forces dites pro-Gbagbo, les FRCI(forces pro-Ouattara), les militaires, les groupes d’auto-défenses et autres. Le constat est qu’à ce jour, seule les personnes liées à l’ex-président, qu’elles soient civiles ou militaires, sont arrêtées et détenues à Abidjan et à la Haye. Pourtant, le gouvernement ne cesse de dire que l’impunité est au centre de la réconciliation nationale.

Comment pouvons-nous ressouder le tissu social si tous les auteurs de crimes ne sont pas poursuivis, si certains bourreaux continuent de narguer leurs victimes. Il est vraiment important que la lutte contre l’impunité ne soit pas à double vitesse. Il faut que la recherche de la justice pour les victimes ne soit pas dans un seul sens ; toutes les victimes doivent sentir cette sorte de réparation morale que de voir leurs bourreaux mis aux arrêts et jugés. Le ministre de la Justice ne cesse de marteler que tous les auteurs de crimes liés à la crise post-électorale seront poursuivis, nous attendons toujours les arrestations et les inculpations des commandants de zones, de leurs éléments et de certains dozos qui continuent de semer la terreur dans les villes et villages.

Après l'ancien président, Laurent Gbagbo, c'est Mme Gbagbo, puis Charles Blé Goudé que la Cour pénale internationale( Cpi) a décidé de poursuivre. En ne visant que les pro-Gbagbo, la Cpi n'apporte-t-elle pas de l'eau au moulin de ceux qui parlent de justice sélective ?

De prime abord, on pourrait penser que la Cpi s’acharne sur les personnes dites pro-Gbagbo, mais nous devons savoir qu’elle a ses procédures internes. Nous savons que des mandats d’arrêt ont été émis contre certains chefs de guerres pro-Ouattara, mais ces mandats sont encore sous scellés jusqu’à ce que la Cpi juge opportun de lever les scellés. Je puis vous assurer qu'elle poursuivra les forces pro-ouattara qui auraient commis des crimes contre l’humanité. Il y a les événements de Duékoué où près de 816 personnes d’une même ethnie ont été massacrées. Il faut que la vérité éclate pour qu’on sache qui a fait quoi et pourquoi. La Cpi se doit de poursuivre les présumés coupables pour que la vérité puisse éclater et surtout pour que les victimes soient réhabilitées et que leurs parents aient réparation. Il y a aussi toutes les exactions qui ont été commises dans le Nord avec l’histoire des conteneurs pendant la guerre de 2002.

En mission en Côte d'Ivoire, l'expert indépendant des Nations Unies, Doudou Diène, a préconisé que Mme Gbagbo bénéficie d'une liberté provisoire. C'est également votre avis à Amnesty International ?

Nous pensons qu’il y a, dans notre pays, des lois encadrant les gardes à vue et les détentions provisoires. Il est donc temps que le gouvernement mette en application ces lois. Cela fait un peu plus de deux ans que l’ex-Première dame est détenue, et elle attend toujours son jugement. Représente-elle un danger pour l’Etat ? Nous pensons qu’elle doit bénéficier de la liberté provisoire, tout comme ses camarades militants du FPI qui ont été libérés par vagues. Elle doit faire partie de la prochaine vague de libération, car tout cela concourt à la décrispation du climat politique et social.

L'avez-vous rencontrée depuis qu'elle est détenue dans le Nord ? Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez d'elle ?

Oui, des responsables de notre mouvement l’ont rencontrée dans le cadre de la dernière enquête. Les dernières nouvelles ne paraissent pas bonnes, en ce qui concerne son état de santé.

Avez-vous rencontré Charles Blé Goudé depuis son extradition au pays ?

Non, personne ne connaît officiellement son lieu de détention.

Pour vous, Amnesty International, Blé Goudé et Mme Gbagbo doivent-ils être traduits devant la Cpi ?

La question ne se pose plus, puisque tous les deux ont fait l’objet de demande de transfèrement à la Cpi. La question est que l’Etat de Côte d’Ivoire a refusé le transfèrement de l’ex-Première dame, arguant que notre justice est suffisamment outillée pour la juger en Côte d’Ivoire ; alors l’Etat va-t-il transférer Blé Goudé ? Nous n’en savons rien. Amnesty International pense que ces deux personnalités doivent être jugées par la Cpi, parce que la cour offre plus de garantie et a plus de moyens pour offrir une justice impartiale, juste et transparente. Les dossiers de citoyens ordinaires et de corps habillés détenus dans le cadre de la crise post-électorale sont encore pendants au tribunal. Ils sont près de sept cent quarante deux qui croupissent dans nos prisons, quand est-ce que ces dossiers seront vidés ? La justice ivoirienne a-t-elle la capacité de juger tout ce monde-là ? Dans tous les cas, avec la justice des vainqueurs que nous constatons, nous pensons qu’il est préférable que Blé Goudé et Simone Gbagbo soient jugés par la Cpi, puisque poursuivis pour crimes contre l’humanité.

Vous parliez tantôt des personnes détenues dans le cadre de la crise post-électorale, combien sont-elles et où sont-elles exactement ?

D’avril 2011 à aujourd’hui 24 octobre 2013, selon les informations à notre disposition, ce sont 742 personnes qui sont en détention dans les lieux officiels, dont les 41 jeunes dont nous avons parlé tout à l’heure. D’avril à décembre 2011, il y a avait 83 personnes ; de janvier à décembre 2012, ce sont 426 personnes qui ont été arrêtées. De janvier 2013 à aujourd’hui 24 octobre 2013, 148 autres personnes ont été mises aux arrêts. C’est ce qui donne le chiffre de 742. De ces 742, on est sans nouvelles de 67 personnes ; on peut les considérer comme des personnes portées disparues. Nous avons par ailleurs 233 forces de sécurité et 509 civils, dont des élèves et des étudiants. Ceux qui ont été arrêtés juste après la guerre ont été inculpés pour génocide, meurtre. Tous les autres arrêtés après l'ont été pour atteinte à l'autorité de l'Etat, atteinte à la sûreté de l'Etat, atteinte grave à la défense nationale, enlèvement, séquestration, assassinat. Douze juges ont en charge tous ces dossiers et un seul a sous sa responsabilité, environ 443 détenus. 66 dossiers sont devant le tribunal militaire, du moins pour les informations en notre possession.

Les lieux de détention officiels sont : Maca( Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan), Mama( Maison d'arrêt militaire), prison civile de Toumodi, Séguéla, Man, Bouna, Boundiali et le Compagnie territoriale de Korhogo( Ctk). A ces lieux, il faut ajouter des sites de détention non officiels comme l'ancienne résidence de Marcel Gossio( ex-Dg du Port d'Abidjan, ndlr) à la Riviera Bonoumin, la place de la liberté à Yopougon, le camp génie militaire à Adjamé, le camp Frci de Marcory, d'Anyama, le camp commando d'Abobo, le camp Frci de Douékoué, San Pedro, Man( ex-peloton mobile), l'IIAO de Grand-Bassam, le camp Frci de Sokabo à Bonoua.

Amnesty International se préoccupe par ailleurs du cas d'un secouriste mis aux arrêts le 11 avril à l'ex-résidence privée de Gbagbo. De qui s'agit-il ?

Le secouriste en question s’appelle Ziza, il a été arrêté le 11 avril à la résidence du chef de l’Etat. Il faisait partie de l’équipe des secouristes du Chu de Cocody. Pendant les événements, l'ambulance du Chu a évacué certains blessés et promis de venir le chercher à la résidence privée du président de la République d’alors. C’est dans l’attente qu'il a été mis aux arrêts, quand la résidence est tombée. Et depuis deux ans, il est détenu à Korhogo. Sa femme n’a aucune nouvelle de lui. On lui a collé les accusations de génocide et meurtre, pour avoir porté secours à autrui. C’est pourquoi nous sommes favorables à l’amnistie pour ce genre de cas.

Hormis ce cas, avez-vous connaissance d’autres personnes détenues dans le Nord ?

Il y a le cas des 41 jeunes extradés du Liberia et qui sont incarcérés dans les différentes prisons de Côte d’Ivoire. Certains sont à la Macaet les autres ont été transférés au Nord. Nous en avons à Bouna, à Boundiali et à Katiola. Aujourd’hui, pour ce que nous savons, ce sont ces jeunes gens qui sont encore détenus dans le Nord. On peut dire qu’ils sont livrés à eux-mêmes, parce que quand les détenus du Fpi( l'ancien parti au pouvoir sous Laurent Gbagbo, ndlr) y étaient encore emprisonnés, c’est eux qui s’occupaient de ces jeunes gens, leur donnaient à manger, leur procuraient des médicaments quand ils étaient malades et les sécurisaient. Mais aujourd’hui, ils sont livrés à eux-mêmes. Il y a des endroits où ils ne mangent qu’une fois par jour. Il faut donc que le ministère de la Justice se penche sur la situation de ces jeunes gens.

Que savez-vous de ces jeunes gens ?

Je dirai que leur histoire est dramatique : ils ont fui la guerre en 2010 pour aller se réfugier au Liberia. Et là-bas, ils ont été jetés en prison où ils ont passé un an. Le Liberia étant en période électorale, les autorités municipales de la ville où ils étaient ont eu peur que des gens les utilisent pour semer des troubles. C’est ainsi qu’ils ont été emprisonnés pendant une année. Et lorsqu’il y a eu l’attaque de Taï, au cours de laquelle des casques bleus ont été tués, l’on recherchait des coupables. L’Etat de Côte d’Ivoire a tout de suite mis en cause ces jeunes, qu’on a dit être venus des camps de réfugiés du Liberia pour lancer l’attaque qui a coûté la vie aux casques bleus. Ils ont donc sollicité le rapatriement de ces jeunes gens, alors qu’ils étaient en prison pendant l’attaque de Taï. Et jusqu’à ce jour, aucun d’entre eux n’a été entendu par un juge. Leurs parents ne savent pas où ils sont.

Et au niveau d’Amnesty Côte d’Ivoire, vous n’avez pas eu accès à eux ?

Par nos propres voies, nous avons réussi à avoir des informations sur eux. Quand le chercheur (Gaëtan Mootoo, chercheur pour Amnesty International, ndlr) était là, il a pu rencontrer certains d’entre eux, lors de sa visite au Nord du pays. Par ailleurs, nous avons pu entrer en possession d’un document qu’ils ont produit depuis leur lieu de détention et qui retrace leur histoire. En prenant connaissance de ce document, vous vous rendrez compte qu’il y a beaucoup d’oubliés dans nos geôles. Nous pensons qu’ils méritent d’être libérés.

A propos justement d’oubliés, avez-vous des nouvelles des gendarmes qui avaient été arrêtés suite à l’attaque de la centrale thermique d’Azito ?

Ils sont onze gendarmes. Il y a trois jours ( l'interview a eu lieu le jeudi 24 octobre, ndlr) j’étais avec leur avocat, qui venait de recevoir la lettre du juge d’instruction leur refusant la liberté provisoire qu’ils avaient demandée. C’était d’abord dix gendarmes qui étaient commis à la sécurisation de la centrale thermique d’Azito. Suite à l’attaque, ils ont été entendus et ceux qui les ont arrêtés disaient qu’ils les gardaient pour violation de consigne. C’était donc le premier chef d’accusation.

Mais aujourd’hui, on est passé à douze chefs d’accusation. Ils sont inculpés d’atteinte à la défense nationale, complot contre l’autorité de l’Etat, constitution de bandes armées, direction ou participation à une bande armée, participation à une force insurrectionnelle, atteinte à l’ordre public, tentative d’assassinat, vol en réunion armée, destruction de biens d’autrui. De violation de consignes, on est passé à tout ce que je viens de vous citer. Quelles sont les preuves qui expliquent qu’on passe de violation de consigne à toutes ces charges ? Le onzième gendarme est le chauffeur de l’équipage, il s’appelle Blanchard. Ce jour-là, il n’était pas de garde, mais il devrait faire la patrouille dans la ville. C’est alors qu’il était en patrouille qu’il est passé voir ses camarades à Azito. Il a été lui aussi arrêté parce qu’il était sur le site. Il est également emprisonné à la Maca.

Avez-vous de leurs nouvelles depuis leur incarcération ?

Oui. J'ai rencontré certains d’entre eux une fois, à la Maca. Et grâce à leur avocat, j’ai des nouvelles d’eux. Nous suivons donc leur dossier.

Vous faisiez état de gendarmes arrêtés, avez-vous des informations sur ceux qui étaient sous la responsabilité du commandant Noël Abéhi ?

Ils sont toujours en prison. Comme ils étaient sous la responsabilité d'Abéhi, on les a arrêtés parce qu'on estime qu'ils sont des éléments dangereux. Depuis, ils sont sans jugement.

Un autre dossier qui préoccupe Amnesty International, c’est celui de l’attaque du camp des réfugiés de Nahibly. Suite à cette attaque, les autorités avaient pris l’engagement d’ouvrir une enquête. Avez-vous, à ce jour, les résultats de cette enquête ?

Pour dire vrai, nous n’en savons rien. Nous ne savons pas si une équipe d’enquête avait été constituée, quelle est la mission qui lui a été confiée, encore moins à quel niveau ils en sont. Nous avons publié récemment un rapport en guise de rappel pour dire que nous avons réclamé une commission internationale d’enquête et nous attendons toujours. Il y a une action que nous menons à ce sujet : un courrier est envoyé régulièrement au ministre de la Justice, Coulibaly Gnénéma, pour lui rappeler que nous attendons toujours de savoir qui sont les auteurs de l’attaque du camp de Nahibly, à quand la commission d’enquête et comment justice peut être rendue aux victimes.

Pensez-vous qu’il y a une volonté manifeste de ne pas faire la lumière sur l’attaque de Nahibly et traduire leurs auteurs devant la justice ?

On observe, en tout cas, que cela fait un an que ce camp de réfugié a été attaqué, que des gens y ont été tués et jetés dans des puits ; un an que des personnes qui ont fui cette attaques ne savent pas où aller. Cela fait un an qu’on nous a annoncé une mission d’enquête et que nous ne savons pas où on en est. Nous notons que les actes ne suivent pas les paroles, ce qui nous fait dire que la volonté n’y est pas. A notre niveau, nous avons des éléments nous indiquant clairement qui sont ceux qui ont brûlé le camp de Nahibly, comment cela s’est passé et qui sont ceux qui étaient là pendant que le camp brûlait. Le rapport l’a clairement dit. On ne peut nous dire que l’Etat n’a pas les moyens pour mener une enquête, donc moi je crois que c’est plutôt un manque de volonté politique.

Votre organisation se préoccupe également du sort d’un certain Mdl Damoué...

Effectivement. Damoué Assane est un gendarme qui avait été arrêté lors des événements post-électoraux, et déporté à la prison de Man. C’est là-bas qu’il a fait une dépression mentale. Il n’a pas pu bénéficier des soins que nécessite son état. Aujourd’hui, il a été ramené à la Maca, dans le même état. Il faut que les autorités prennent très au sérieux ce genre de cas, car Damoué était en possession de toutes ses facultés physiques et mentales quand il a été arrêté. Il est important qu'il rentre en possession de toutes ses facultés physiques et mentales en sortant de prison. Son épouse doit pouvoir retrouver un mari tel qu’il était avant d’être emprisonné, ses enfants également doivent pouvoir retrouver un papa en possession de toutes ses facultés. C’est l’Etat qui l’a jeté en prison, et donc il se doit de garantir tous ses droits, y compris le droit à la santé.

A propos des prisonniers de la crise post-électorale détenus à la Maca, quelles sont les dernières nouvelles que vous avez d’eux, surtout après les récurrentes émeutes qu’a connues cette prison ?

Suite aux émeutes causées par le fameux Yacou le Chinois, qui est encore à la Maca, on ne sait pourquoi, on a enregistré deux décès de détenus liés à la crise post-électorale. C’était lors de la première émeute. Il n’y a pas eu d’enquête. Ils sont morts et il n’y a rien eu ; ils sont donc passés par pertes et profits. C’est tout cela qui constitue l’impunité. D’abord, ils sont détenus sans qu’on ne sache pourquoi, ensuite ils ne sont pas jugés et finalement ils meurent sur leur lieu de détention. A la deuxième émeute, certains détenus liés à la crise post-électorale ont été copieusement battus par les gardes et les éléments Frci venus casser l’émeute. Ces faits sont restés sans suite. Vous voyez donc que chaque fois qu’il y a des émeutes à la Maca, les détenus liés à la crise post-électorale sont en danger.

Certaines organisations internationales s’inquiètent de la cessation d’activité de la cellule spéciale d’enquête qui avait été mise sur pied au sortir de la crise post-électorale. Cela préoccupe-t-il Amnesty International aussi ?

Nous pensons qu’avant de mettre fin aux activités de cette cellule spéciale d’enquête, il faut d’abord qu’ils vident ces affaires. Pour ce que nous savons, ce sont 12 juges qui avaient en charge ces dossiers et le 8e et le 10e cabinet s’occupaient des gros dossiers ; le 10e cabinet seul avait près de 60 % de ces dossiers. S’il venait à cesser brutalement ses activités, qui s’occupera de toutes ces affaires ? Il y avait un premier juge qui a été remplacé par un autre, lequel est en train de reprendre de zéro toutes les procédures, or il suit plus de 400 dossiers lui seul.

Combien de temps prendra-t-il pour éplucher tout cela ? Donc si la cellule spéciale d’enquête vient à cesser ses activités, il faut craindre que le juge qui reprendra les dossiers ne vienne faire la même chose. Nous pensons que la cellule doit aller jusqu'au bout de sa mission avant qu’on mette fin à son existence. Si on pense qu’on doit libérer toutes les personnes concernées par ces dossiers, alors qu’on les libère et dans ce cas, leur libération va justifier la fin de la mission de la cellule spéciale d’enquête. Par ailleurs, le fait de vouloir dissoudre la cellule traduit-il l’impuissance des juges à se prononcer clairement sur ces dossiers ? Certains ont d'ailleurs déclaré le non-lieu partiel pour des dossiers à et ont recommandé aux détenus de faire la demande de liberté provisoire qui, malheureusement, a été rejetée.

D’aucuns pensent qu’au nom de la réconciliation, on devrait cesser toutes les procédures judiciaires en cours. Quelle est la position d’Amnesty International ?

Au niveau d’Amnesty, nous ne sommes pas pour l’arrêt de toutes les procédures judiciaires. Nous pensons même que c'est dangereux, car cela va à l’encontre du droit des victimes à la justice. On peut procéder à des libérations provisoires, pendant que la procédure judiciaire suit son cours. Mais, il est important que justice soit rendue pour mettre fin à l’impunité, mais pas de la façon que nous voyons.

Dans un de ses rapports sur la crise post-électorale, Amnesty International dénonçait des tortures infligées à certains détenus. Qu'en est-il ?

Effectivement, des détenus subissent des sévices corporels comme les décharges électriques, la bastonnade. On verse de l'acide sur leur corps, on les blesse par balles, on vous casse le bras intentionnellement, on essaie de vous noyer, on étouffe, on brûle des sachets sur votre corps. Il faut que l'Etat soit regardant sur cette question et évite qu'un de ces détenus meure en prison sans avoir été jugé, c'est-à-dire sans que l'Etat ait prouvé qu'il méritait d'être en prison au point d'y mourir.

Par Assane NIADA

 

19:13 Écrit par BEN2013 dans PANEL/INTERVIEW | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

25/11/2013

Interview exclusive/ Foncier rural, procès Gbagbo, gestion de Ouattara : Koné Katinan : « Ouattara a atteint les résultats poursuivis… »

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Auteur d’un livre sur les rapports entre l’Afrique et l’Occident, Justin Koné Katinan, porte-parole de Laurent Gbagbo s’est prononcé sur plusieurs sujets de l’actualité ivoirienne, au cours d’un entretien réalisé via internet le vendredi 22 novembre 2013 

 « Côte d’Ivoire : l’audace de la rupture ». Pourquoi ce titre ? Et qu’est ce qui a motivé sa rédaction ?

 

Le titre de ce livre en résume le contenu.  Il traduit mon état d’esprit et ma conviction que notre continent a emprunté le mauvais chemin, et qu’il faudra de l’audace pour opérer un revirement qui ne peut s’obtenir que par la rupture avec un certains nombres de liens à la fois historiques et sociologiques. Ces liens sont  également à la fois exogènes et endogènes.

 

Ecrire c’est transmettre une idée au public pour que l’opinion publique la critique et la bonifie, pour en tirer finalement une énergie positive qui puisse faire évoluer un tant soit peu notre humanité.  J’ai été pendant quatre mois dans un gouvernement qui a été confronté aux pires difficultés. J’ai pu découvrir les innombrables serres qui étouffent notre continent.

 

L’intervention de l’Otan en Côte d’Ivoire et en Lybie ne peut laisser les Africains indifférents. J’ai voulu attirer l’attention des Africains sur le fait que rien n’a changé dans les rapports de l’Afrique avec les anciennes puissances à la fois esclavagiste et colonialistes. Seule la thématique change, mais l’objectif est le même. Maintenir ce continent sous domination  constante. Mais tout se passe comme si l’Afrique se complaisait dans cette situation de domination. Certains de nos dirigeants continuent de cultiver l’illusion du Blanc gentil, tant que cette illusion leur permet  de conquérir  ou de conserver le pouvoir d’Etat.

 

En somme, l’idée essentielle de ce livre est que l’Afrique a tout le génie pour inventer son propre schéma de développement. Le schéma actuel  n’est qu’une adaptation de l’esclavage, lui-même mué plus tôt  en colonisation, elle-aussi transformée en des pseudos indépendances. Mais pour arriver à imposer son propre schéma l’Afrique  doit se munir d’une grande audace.  

 

 

Vous abordez notamment la question des relations entre l’Afrique et l’Occident, notamment la France. Pensez-vous qu’une rupture totale avec l’ex-colonisateur peut être bénéfique aux Etats africains ?

 

 Pour mieux comprendre la logique de rupture que je propose, il faut se référer à la dialectique de la naissance et de la vie d’une personne. Le fœtus est nourri par la mère qui le porte par le canal du cordon ombilical. Pendant cette période, deux êtres biologiquement différents forment un tout indissociable. Mais dès que l’enfant a atteint une maturité qui lui permet de sortir du ventre de sa mère, il manifeste le désir de s’affranchir de la tutelle ombilicale par les douleurs de l’enfantement que ressent la mère. Dès que l’enfant sort du ventre,  le cordon ombilical est coupé. Une autre forme de rapports unit l’enfant à sa mère.

 

L’enfant est nourri non plus par le canal du cordon ombilical, mais par le sein maternel. Puis l’enfant est sevré. Un autre type de rapport s’établit entre l’enfant et sa mère. Chaque étape correspond à un stade de maturation de l’enfant jusqu’à ce qu’il devienne totalement indépendant et fonde lui-même un autre centre d’interactions   avec d’autres personnes. Dans son cheminement, l’enfant opère chaque fois une rupture sans pour autant remettre en cause  ou mépriser les liens historiques et sociaux qui l’unissent à sa mère.

 

L’exemple de l’évolution de l’enfant par rapport à sa mère signifie tout simplement que l’autonomie, juridiquement et politiquement traduite par la souveraineté, relève du naturel de chaque être vivant. Est insensée la mère qui veut continuer de nourrir son enfant déjà né par le cordon ombilical. Elle est encore insensée celle qui veut continuer de donner son sein à son enfant adulte. C’est même immoral. N’est pas  plus sensé, l’adulte qui veut continuer de se nourrir par le canal du cordon ombilical de sa mère.  Ce qui vaut pour l’Homme le vaut a fortiori pour un pays.

 

L’Afrique est différente de l’Europe, de l’Amérique, de l’Asie et de l’Océanie. Nous sommes tous en compétition, et il est illusoire de croire que dans cette compétition, l’un des acteurs est magnanime. La différence se fera à partir du génie, du talent mais surtout de la volonté d’action, elle-même se nourrissant en permanence de l’audace. De toute l’Evangile de Jésus Christ, j’aime particulièrement celui des talents. On arrachera à celui qui n’a pas pu le fructifier, son unique talent, pour le donner à celui qui en a déjà dix. Le Bon  Dieu lui-même, nous met en compétition, alors qu’attendons-nous de la magnanimité des autres acteurs. Il n’y a de différence que d’approche entre Le Royaume, puis l’Empire, et la République en ce qui concerne les rapports de la France avec le Continent Noir. De ce point de vu François Hollande perpétue la logique de Louis XIV, Napoléon, De Gaule.  Eux tous travaillent pour la grandeur exclusive  de la France. C’est à nous de le savoir.  

 

Quel regard portez-vous sur les conflits liés à la terre, récurrents dans l’ouest de la Côte d’Ivoire ainsi que des lois récemment votées au Parlement ?

 

La question foncière est l’une des questions sur lesquelles, la Côte d’Ivoire doit opérer une profonde rupture.  Pour simplifier les choses, il faut les présenter telles quelles sont. Les colons sont arrivés et ont déclaré que les terres occupées de façon continue par les Africains depuis des temps immémoriaux, étaient devenues subitement sans maître, et que de ce fait, elles leur appartenaient. C’est bien logique. Les colons n’ont pas traversé monts, mers et océans pour faire du pique-nique en Afrique. Ils étaient porteurs d’une pensée philosophique et économique et ils ont conçu à cet effet un droit circonstancié

 

La Côte d’Ivoire devient Indépendante, et l’Etat met ses pas dans ceux du colon. Or s’il y a une question pour laquelle nul ne peut se renier, c’est bien la question de la terre. Il y a une telle interaction entre l’Homme et la terre surtout en Afrique qu’il est illusoire  de croire que l’on peut effacer toute l’histoire du droit foncier coutumier par une législation du reste ésotérique. La Côte d’Ivoire indépendante qui perpétue l’immatriculation comme l’unique moyen d’accès à la propriété foncière fait dans la provocation comme naguère l’a fait l’administration coloniale.

L’immatriculation inventée en Australie par le Colon Britannique y a prospéré, parce que là-bas, le Colon a pris soins de liquider physiquement toutes les populations autochtones. Les rescapés ont été parqués dans des réserves pour assouvir la curiosité des touristes. Ayant disloqué tout l’ordre social, le colon britannique a anéanti tout le droit qui soutenait cet ordre social. Ainsi, il a été loisible pour lui de dérouler son plan d’accaparement des terres selon une législation taillée sur mesure. En Afrique, la Colonisation a certes éprouvé la société africaine, mais elle ne l’a pas totalement détruite. Cette société a survécu avec son droit, notamment le droit foncier.

 

Dès lors, l’immatriculation qui est méconnue en métropole va être combattue de façon continue par les populations africaines dans les colonies, parce qu’elle repose sur une  aberration pour ces populations. Il s’agit de La notion de mise en valeur. Pour des populations qui pratiquent la jachère pour renouveler la fertilité de leur sol, la notion de mise en valeur ne signifie absolument rien. Il est également saugrenu de penser que la plus petite portion de terre dans la brousse la plus reculée est sans maitre. Le penser, c’est remettre en cause l’existence même de l’Afrique en tant qu’entité humaine ayant sa propre Histoire. La notion de mise en valeur est le poison qui envenime les rapports sociaux entre les acteurs économiques du monde rural dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, centre de convergence de tous les intérêts économiques, conformément à la structure économique conservée mutatis mutandis depuis la période coloniale.   

 

Les conflits fonciers à l’ouest n’ont rien d’ethnique comme l’on veut le faire croire. Il s’agit d’une variante de conflit des classes entre le propriétaire terrien qui détient le capital, et celui qui détient la force du travail et qui « met en valeur » la terre. Ce conflit est violent parce qu’il est  nourri par la faiblesse et de l’Etat et du droit et par la manipulation à des fins politiques des concepts dangereux tel la prétendue paresse des populations autochtones de cette zone.

Je rappelle que  le Ministre Koffi Koffi Lazare écrit dans son livre : «  La France contre la Côte d’Ivoire, à l’origine, la guerre contre le Sanwi, (1843-1940) », que le colon avait jeté le même anathème de paresseux sur le grand peuple sanwi, dans les premières heures de la culture du cacao.  C’est du respect de l’équilibre des intérêts des deux classes que reposera la paix sociale dans la zone de l’ouest. L’on a voulu, pour des raisons économiques et même politiques, nier aux populations autochtones, les droits inaliénables qu’ils ont sur leurs terres depuis l’aube des temps, du fait de la coutume.

Rendre propriétaires fonciers des personnes étrangères à cette zone par le seul et unique fait qu’elles ont mis en valeur des portions de terres relève d’une hérésie juridique dont les conséquences sont graves pour la cohésion sociale. Les règles coutumières  de constitution, de gestion et de dévolution des droits fonciers sont identiques d’une sphère culturelle à une autre en Côte d’Ivoire. Ces règles sont connues de tous. Mais à l’ouest l’on a voulu appliquer d’autres règles taillées sur mesures. 

 

Je remarque que contrairement à ce qu’il avait annoncé à la trompette, le Chef de l’Etat, n’a finalement opéré aucune réforme sur la loi de 98-750 du 23 décembre 1998 relative au foncier rural. Peut-être a-t-il atteint les résultats poursuivis en passant par le détour de la nationalité. Dans tous les cas, cette Loi ayant été jugée bonne par ses maîtres à penser, il y avait très peu de raisons qu’il la changeât. Un livre est déjà en chantier sur la question foncière parce que les terres africaines se retrouveront bientôt au centre de convoitises violentes. Les OGM américains refoulés en Europe cherchent  des terres arables en Afrique. Quand l’ONU applaudit une réforme en Afrique, mieux vaut écarquiller les yeux pour ne pas avoir des mauvaises surprises.                                                                                                                      

 

 Sur le plan politique, hier méconnu, vous êtes aujourd’hui l’une des figures de proue du bloc pro-Gbagbo. Quelles sont vos relations le FPI ainsi que ses dirigeants bien que vous soyez de ce parti aussi ?

 

Je suis un militant indécrottable du FPI. En tant que militant de ce parti, je n’ai pas besoin d’avoir des relations particulières avec les dirigeants de mon parti en dehors de celles que doit avoir n’importe lequel des militants. Ceci dit, tous ceux qui dirigent le parti aujourd’hui sont en quelque sorte mes maîtres auprès de qui je continue de faire mes classes. Il ne faut même pas songer  à dissocier Katinan du  FPI. C’est un exercice qui ne peut prospérer.

 

 

Que répondez-vous à ceux qui disent aux proches de l’ancien-président : « Gbagbo, c’est fini, il faut tourner la page » ?

 

L’Etat actuel de la Côte d’Ivoire leur donne la réponse. On ne cache pas le soleil avec la main. En politique comme ailleurs, la mauvaise foi a ses limites. Si des personnes avaient bâti leur stratégie sur cette idée, il est temps qu’elles révisent leur position. La Côte d’Ivoire est dans l’impasse parce que GBAGBO est en prison. Mêmes les négateurs les plus résolus  des évidences  en sont revenus à la réalité. J’avais prévenu les promoteurs de l’idée de l’incarcération du Président Laurent GBAGBO, qu’ils enfermeraient toute la Côte d’Ivoire avec GBAGBO en prison. Peu- être qu’ils m’avaient trouvé trop jeune pour leur donner des conseils. Mais aujourd’hui, l’entreprise d’exclusion de cet Homme exceptionnel de la vie politique en Côte d’Ivoire tourne en eau de boudin.  L’histoire de Laurent GBAGBO se confond avec celle de La Côte d’Ivoire indépendante. On ne tourne pas aussi facilement une telle histoire, même lorsque la haine nous fait perdre parfois le bon sens.

 

 

Croyez-vous en une libération de Laurent Gbagbo ?

 

Ce n’est pas une question de croire ou de ne pas croire, c’est une exigence. Les exigences s’imposent d’elles-mêmes à nos émotions et à nos convictions. La libération du Président Laurent Gbagbo est une exigence qui s’impose à la Côte d’Ivoire. La survie de la nation en dépend

 

 

De plus en plus de personnalités proches de l’ancien pouvoir semblent disposées à rentrer en Côte d’Ivoire. Pensez-vous mettre prochainement fin à votre exil ?

 

C’est une question personnelle que chacun des exilés se pose en fonctions de ses propres considérations. Moi je ne suis pas encore au stade de cette question.  Toute mon attention et toute mon énergie se focalisent en ce moment sur la mission qu’a bien voulu me confier le Président Laurent Gbagbo. Là où je suis me permet de remplir cette mission. Je n’en demande pas mieux. Je ne crois pas non plus que les autorités ivoiriennes sont prêtes à créer les conditions de mon retour. Donc j’attends.

 

 

Que pensez-vous de la récente augmentation du Budget opérée par le gouvernement Ouattara ?

 

Demandez aux Ivoiriens s’ils ont senti une différence dans leurs angoisses financières suite  à l’augmentation de ce budget. C’est pour eux que le budget est arrêté chaque année. En effet, le budget établit chaque année la répartition des ressources financières de l’Etat entre les différentes composantes de la société. C’est la portée sociale de tout budget. Si les Ivoiriens n’ont pas senti une amélioration de leur quotidien avec l’augmentation du budget, alors cette augmentation est un non évènement.

 

 

Au Ghana, vous avez été au centre d’une longue procédure judicaire. Où en sont les poursuites contre vous en Côte d’Ivoire ?

 

La Justice Ghanéenne a jugé que les poursuites engagées par l’Etat Ivoirien contre moi avaient des motifs politiques. Malgré cela, à ce que je sache, l’Etat ivoirien n’a pas renoncé à me poursuivre, puisque le mandat d’arrêt rendu inapplicable par la décision de Justice ghanéenne, n’a pas pour autant été annulé. C’est pourquoi, je m’interrogeais tantôt, si les autorités de mon pays sont disposées à accepter mon retour dans mon pays. Dans tous les cas, la question des exilés à mon avis est une question politique qui doit être réglée politiquement  pour l’ensemble des exilés et non au cas par cas. Je n’ai jamais été adepte des solutions personnalisées.

ABRAHAM KOUASSI

inter

08:32 Écrit par BEN2013 dans PANEL/INTERVIEW | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

30/10/2013

Panel / Rejet de la demande de liberté provisoire pour Laurent Gbagbo Des Ivoiriens jugent la décision Publié par L'Intelligent d'Abidjan | Le 29/10/2013

Lors d’une audience publique hier mardi 29 octobre 2013 dans l’affaire ‘’ Laurent Gbagbo contre le procureur’’, la chambre d’appel de la Cour pénale internationale a rejeté les motifs d’appel soulevés par la défense de l’ex-président qui demandait sa mise en liberté provisoire. Interrogés dans la rue par l’IA, des Ivoiriens se prononcent sur la décision de la Chambre d’appel. Konaté Bassabana (Opérateur économique) : « La décision est salutaire » « Je crois que la décision de la chambre d’appel est noble. Depuis tout le temps que le Pdci-Rda est resté au pouvoir, nous n’avons jamais connu de guerre en Côte d’Ivoire. Si Laurent Gbagbo est venu au pouvoir et qu’il y a eu des guerres, c’est lui que je peux accuser. Je crois qu’un responsable ne doit pas aimer la guerre. Laurent Gbagbo, depuis son retour de l’Italie, sa décision aurait été humble, s’il avait dit qu’il ne voulait pas faire de guerre. Parce qu’on fait la guerre pour accéder au pouvoir. Mais, tu étais déjà au pouvoir, tu a fais la guerre pour quoi ? Si après les élections, Gbagbo quittait le pouvoir, est-ce qu’il allait y avoir des morts ? Si la Cpi libère Gbagbo, moi je crois que ce serait un exemple pour tout le monde de tuer les gens impunément. La décision est salutaire parce qu’aujourd’hui, on voit la plupart de ses partisans qui ne disent rien parce qu’il n’est pas là. Déjà, Affi N’guessan, à peine libéré, on voit que l’atmosphère du pays a changé avec les discours musclés. Si Gbagbo aussi est relâché, ce serait une autre guerre. Mais, vous devez savoir que la mort n’a pas de parti, la mort n’a pas de communauté. L’être humain, il faut aimer la paix quelle que soit la nature. Le président Bédié en son temps, était riche, il avait le pouvoir et des relations. Après le coup d’état de 1999, il pouvait décider de combattre pour conserver son pouvoir. Mais, il est parti et aujourd’hui, il est revenu sur la scène politique. Nous sommes les parents du président Ouattara et s’il amène une histoire de guerre dans le pays, on lui dira non et lui-même, il le sait. Je suis de Kong. Nous voulons la paix. Qu’il continue d’œuvrer pour le développement même s’il est incompris par son entourage. Et que tout ce qui peut envoyer la désobéissance et la guerre, qu’il l’évite. La Cpi fait son travail et personne ne peut dire que l’autre n’est pas responsable. Car, sans feu, il n’y aura pas de fumée ». Koné Sosthène (Comptable) : « Il n’y a pas à s’alarmer parce que la justice suit son cours » « Je crois qu’au niveau de la Cpi, il y avait quand même deux hypothèses. La Chambre d’appel a décidé de prendre la deuxième hypothèse qui nous conduire vers un procès de l’ex-Président ivoirien. Notre souhait, c’est que justice soit faite. Et s’il y a des preuves qui démontrent sa culpabilité, que les gens nous le disent. Maintenant, s’il n’y a pas de preuves suffisantes comme cela se dit, qu’on le relâche purement et simplement. Pour ce qui est de la réconciliation, par rapport à la décision qui a été prise aujourd’hui (Ndlr : hier), je crois qu’il n’y a pas à s’alarmer parce que la justice suit sont cours. Donc, les partisans de l’ex-Président vont toujours s’attendre à ce que la justice soit rendue de façon équitable. Et puis, pour le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire, je crois qu’il est déjà lancé et on souhaiterait que tous ceux qui avaient fait des histoires auparavant, se retrouvent ensemble. Mais, en même temps, on ne peut pas excuser l’impunité ». Kumba Antoine R (Planteur) : « Sa libération constitue le sacrifice pour la paix» « On aurait dû le libérer et l’envoyer dans un pays d’accueil. Au nom de la paix pour laquelle Houphouët-Boigny a tant œuvré. La liberté aurait dû lui être accordée. La situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment est préoccupante. La libération de Laurent Gbagbo quoi que provisoire peut favoriser une accalmie. Pour une véritable paix, il faudrait pardonner, oublier et aller de l’avant. C’est pourquoi sa libération constitue le sacrifice pour acquérir une véritable paix. Je pense qu’il y a lieu de le libérer». N’gbako David (Elève) : « La réconciliation doit se faire avec Laurent Gbagbo» « Je n’ai pas suivi personnellement la décision, mais tel que vous vous l’expliquez, je crois que la Chambre d’appel de la Cpi devait accorder cette demande de liberté provisoire à Laurent Gbagbo. Et cela au nom de la paix et de la réconciliation nationale en cours en ce moment. La réconciliation doit se faire avec Laurent Gbagbo ». L.Barro et MS

07:22 Écrit par BEN2013 dans PANEL/INTERVIEW | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |